Angoisses de père (3e partie) : L’avenir
De tout temps, les parents ont voulu laisser à leurs enfants un monde meilleur. Au Québec, ce sentiment a culminé autour de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, quand sont nés les baby-boomers. Horrifiés par les affres de la guerre, désirant oublier, voire refouler tout cela le plus rapidement possible, les jeunes parents décident de faire beaucoup de bébés et implantent en eux le désir d’un monde meilleur. Ils leur laissent créer un monde, leur monde. Plutôt que de leur inculquer une éducation où ils auraient à s’intégrer dans un monde déjà-là, ces parents ont transmis l’illusion à leurs poupons que tout était possible. Ça leur a donné une grande liberté, de grands idéaux (irréalistes, mais tout de même, il faut viser les étoiles pour atteindre la cime des arbres); ils ont créé l’assurance-maladie, pour ne pas avoir à s’occuper des malades et de leurs parents vieillissants; des garderies, pour s’occuper de leurs enfants pendant qu’ils s’accomplissent dans leur boulot, etc. Cette génération d’enfants qui n’avaient pas le sens de l’histoire, ayant été victime d’un défaut de transmission de la part de leurs parents, a également cru qu’elle n’allait jamais mourir. Il faut prendre en compte le nombre hallucinant de personnalités québécoises qui parlent de la mort ces jours-ci pour qualifier la période actuelle de grand wake-up call pour toute une génération qui ne sait pas encore comment mourir, et qui donc doit apprendre à vivre. La pyramide des âges s’inverse et, sans être pessimiste, je n’ai pas hâte de vivre cette implosion de la société québécoise. Car nous, nous sommes nés dans un monde auquel il a fallu s’adapter : créer nos emplois, vivre avec les clauses orphelins, composer avec le nouveau conjoint de notre mère qui ne veut pas nous voir la face à la maison, baiser avec des condoms pour ne pas mourir à petit feu, recycler…
Je me couche souvent en pensant à ça. Je suis quelqu’un de très joyeux dans la vie, on ne me connaît que très peu de sautes d’humeur, mais il m’arrive d’être inquiet. Quand j’entends que des dirigeants nord-américains, en ce moment-même, à Calgary, à huit-clos en plus, décident de comment on va leur laisser utiliser notre eau potable, je ne peux m’empêcher de me ronger frénétiquement quelques millimètres d’ongles. Ils parlent de construire un aqueduc qui amènerait de l’eau canadienne vers les États-Unis et le Mexique; on serait totalement vidés de cette ressource, notre or bleu, l’avenir économique de notre coin de pays pour les 50 prochaines années. Quand André Boisclair va contre la volonté du Parti québécois et s’oppose à la privatisation de l’éolien; quand je marche sur un troittoir et que je vois des piétons ou des automobilistes lancer leur cigarette par terre, pour ne nommer que ces exemples-là, je capote pour mes enfants, et pour leurs enfants. J’ai compris le mot environnement quand je suis devenu parent (comme j’ai compris le désir de souveraineté des Québécois quand j’ai fondé mon entreprise).
Je ne supporte pas qu’on gaspille de l’eau. Cette obsession me vient de mon enfance, mon père venait cogner dans la porte quand il considérait que ma douche était trop longue. Il avait peut-être aussi peur que je me masturbe, mais ça c’est une autre histoire. Il le faisait aussi parce que nous n’étions pas riches et que de l’eau chaude, c’est pas gratis. Ce qui fait qu’aujourd’hui, je chicane allèegrement mes enfants qui laissent couler l’eau du robinet pour rien. Et je leur explique, malgré qu’ils aient deux et cinq ans, que s’ils veulent que leurs enfants aient de l’eau à boire plus tard, il ne faut pas qu’ils la gaspillent.
Quand j’entends George W. Bush dire qu’il est pour l’environnement en autant que ça ne fasse pas souffrir l’économie américaine, j’ai envie de lui répondre : comment se comporte une économie de marché si le marché n’existe plus en raison de la mort de tous ses consommateurs?
Harper, W., qui sont des pères, comment peuvent-ils être aussi égoïstes?

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