Angoisses de père (2e partie) : Et si un de mes enfants mourait?
L’an dernier, j’ai failli tuer ma fille, ou la rendre handicapéee. Mes enfants jouaient tous les deux sur le matelas du haut d’un lit superposé, dans leur chambre. Ils aimaient cet espace (qui a cessé d’exister après cet épisode), c’est d’ailleurs là que ma fille a fait ses premiers pas à quatre pattes. Je leur grimpais 5-6 jouets et ils pouvaient s’amuser là pendant plusieurs minutes, jouissant de la différence de perspective, j’imagine. Le lit était situé dans un coin de mur, alors évidemment que je surveillais quand les enfants s’approchaient trop près des deux bords de lit donnant dans le vide, j’étais debout à jouer avec eux.
Or, un soir d’hiver, alors que je m’occupais du grand, à ma droite, j’ai vu une boule rose du coin de l’oeil gauche qui s’engouffrait entre le mur et le lit. Jamais je n’aurais pu penser qu’elle puisse tomber dans cet espace d’à peine quelques pouces de large.
Je ne suis absolument pas croyant. Ma mère et ma grand-mère maternelle, de même qu’une partie de ma paroisse natale ont bien essayé de faire de moi un curé, mais peine perdue, j’ai l’intime certitude que dieu et ses dérivés, voire ses dérives, ne sont que pures et nécessaires croyances. Dieu existe, mais seulement parce qu’on l’a inventé. C’est bien fifficile d’être curé quand on n’a pas la foi. Et qu’on va dans les groupes de prière parce que ça permet d’entrer en contact avec des filles, vu qu’à ton école secondaire privée, tu en es justement privé. Bref, je ne crois en rien de divin, mais quelle force m’a poussé ce soir-là à étirer le bras, en une fraction de seconde, pour rattraper, juste à temps, la boule rose en pyjama, par la cheville gauche, avant qu’elle n’aille se fracasser le crâne, un mètre plus bas, sur l’angle droit du rebord de la fenêtre, je ne saurais le dire. Du pur instinct. C’est comme si le corps agissait avant l’esprit. Comme quand on se brûle et que notre cervelet, notre moëlle épinière font bouger notre corps loin de la source de chaleur avant que notre cerveau n’ait le temps de dire ayoye.
J’ai soulevé ma fille par une patte, comme mon père le faisait, quand j’étais moi-même un flot, avec des lièvres qu’il attrapait dans des collets. Je l’ai retournée du bon bord, je l’ai serrée contre moi pour la consoler, pour calmer sa peur. Ensuite j’ai descendu mon fils du lit d’en haut pour le déposer par terre lui aussi et je les ai envoyés regarder la télé dans le salon. Mes jambes, puis mes nerfs ont lâché, et je me suis mis à trembler de tout mon être. Jamais, jamais, je n’aurais pu me pardonner, si. Je ne vois pas comment je pourrais me remettre de ça. J’ai lu que dans ces situations, on se découvre des forces insoupçonnées. Ils appellent ça de la résilience. Et puis il y aurait eu mon fils à faire grandir sans sa soeur. Et puis il y aurait eu la mère. Je n’ose même pas y penser. C’est du domaine de l’in-concevable.
Il y a eu ce midi de printemps, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. J’étais séparé depuis quelques jours seulement. Je me stationne du côté sud d’Ontario, je sors de ma voiture, mon fils me voit, sur le trottoir du côté nord, et se met à gambader, tout sourire, en criant, joyeux, je le vois encore dans ma tête avec sa casquette, papa! papa! papa! Et mon coeur s’arrête, sa mère lui beugle son prénom, mais il est trop dedans sa joie de me voir, il est tout entier dans son désir que je le prenne dans mes bras, et évidemment les voitures qui s’en viennent, il s’en fout, et il traverse la rue, se vautre sur moi et je suis à la fois fâché contre lui et tellement content que les automobilistes aient décidé, en ce samedi matin, de rouler lentement.
(Ça me rappelle qu’un jour, dans une petite rue, je roulais plutôt lentement et un enfant avait fait la même chose que mon fils, il s’était mis à courir pour traverser la rue, et il avait percuté ma petite voiture sur son côté, se pétant la fiole sur le pare-brise, puis, reprenant sa course, comme si de rien n’était, il était rentré dans un dépanneur, sans même pleurer. Sous le choc, je me rue dans le dépanneur alors qu’il se fait engueuler par sa mère : «ÇA FAIT VINGT FOIS QUE JE TE DIS DE REGARDER DES DEUX BORDS AVANT DE TRAVERSER LA RUE!!!!» Elle m’en voulait même pas, elle savait que je n’y pouvais rien. Son angoisse de mère s’était transmuée en colère. D’ailleurs, j’ai toujours cru que de la colère, c’était de la peine, de la tristesse, de l’angoisse, de la honte transformée; la colère, c’est un sentiment secondaire, comme on le dirait d’un effet.)
Dans certaines sociétés, et même ici jusqu’à une époque pas si lointaine, c’est normal, dans la mesure où ça arrive très souvent, que des enfants meurent avant leurs parents. C’est quelque chose que je ne veux pas vivre et qui pourtant fait partie du plausible de ma vie. Je reste encore sidéré qu’aucun mot en français n’existe pour nommer cette réalité. On dit veuve, on dit orphelin, mais comment on nomme ça, un parent qui a perdu un enfant?

C’est une possibilité à ne pas écarter.. Des drames peuvent toujours arriver, mais ce n’est pas une raison pour avoir peur de tout.
JE suis d’accord, il devrait exister un mot !
Ces instants terribles restent à jamais gravés et l’émotion qui suit aussi. J’ai un souvenir un peu similaire : je me revois avec mon fils de 5 mois assis sur mon bras droit, une nuit vers 4 heures du mat’. J’entre dans la cuisine l’esprit embrumé, fonctionnant au radar, pour préparer un bib. D’un coup, voilà le fiston qui part à la renverse, et dans une fraction de seconde (gravée !)je vois sa tête au niveau de mon bras. J’ai eu le réflexe de serrer mon bras contre moi, pour lui coincer les jambes. Le pauvre s’est retrouvé la tête en bas, il a beuglait à pleins poumons… Ca m’a bien réveillée, ça oui ! Et le biberon tremblotait nerveusement aussi ! Je frémis encore aujourd’hui à l’idée que mon fils aurait pu être victime d’un traumatisme crânien par ma faute…
Ce genre d’incident nous rappelle crûment que la bascule du bonheur au cauchemar peut avoir lieu à tout moment, que rien n’est acquis à jamais ou que “cela n’arrive qu’aux autres”.
Instinct de survie, amour maternel et paternel….
Je ne pourrais dire, mais tout ce qui touche nos enfants nous touche tout aussi profondément.
Je me rapellerai toujours ce matin où je paressais au lit alors que mon fils, âgée de 3 ans à l’époque, me dit « Nanan! J’ai enlevé le bâton de la fenêtre!». Celui là qui tenait la fenêtre à guillotine ouverte… Pas besoin de dire que je n’ai pas eu le temps de me retourner et de crier NON! que fiston hurlait déjà. Je crois que de le voir souffrir me faisait ressentir la douleur tout autant que lui. Nous avons passé plusieurs heures blottis l’un contre l’autre, jusqu’à se qu’il tombe endormi d’avoir tant pleuré.
si nos vies etaient ecrites, beaucoup utiliseraient des gommes. Mais la vie sans ces aleas ne serait que pure fiction. A nous de ponderer tout ça, d’etre philosophe et accepter la peur que effectivement nos enfants peuvent partir avant nous. Vivons et n’y pensons pas trop
J’ai failli perdre mon fiston alors qu’il n’avait que 12 semaines… de gestation. Et Même à ce moment, alors que je ne le connaissais pas encore, alors qu’il n’était qu’un petit pépin de pomme, alors que je n’anticipais pas encore qui il serait, j’ai eu la plus grande peur de ma vie.
La vie ne tient qu’à un seul petit filet et ce filet je le voyais s’écouler dans la toilette alors que j’hurlais ma peine à mon conjoint qui me regardais tellement paniqué…
Chaque soir maintenant, je remercie quelqu’un en silence de m’avoir laissé une journée de plus passé avec mes enfants.
Je ne peux m’imaginer survivre à une telle perte, encore moins à chaque jour qui passe et que je les découvre du haut de leur 18 mois, 3 ans et 4 ans…
Beau billet