Sages sages-femmes
Lorsqu’on arrive dans une maison de naissance, on nous demande d’enlever nos montres. Accoucher ne fait pas partie des activités qui sont régies par le temps normal de la vie quotidienne. Comme on dit souvent en blague, ça prendra le temps que ça prendra.
Sauf qu’aujourd’hui, on est tellement rendus fous que même les accouchements sont prévus pour ne pas que ça dérange trop l’Horaire (celui du médecin, de l’anesthésiste pour la péridurale, et parfois la femme d’affaires pressée. C’est effectivement devenu courant, en France, de choisir la date de son accouchement avec son obstétricien pour que ça n’hypothèque pas trop la carrière…).
Et puis un accouchement, ce n’est pas une opération, ça n’a pas a priori a être médicalisé. Dans un hôpital, quand ça fait mal, le ou la doc dit : ok, on va soulager ta douleur; en maison de naissance, quand ça fait mal, la sage-femme dit : parfait, ça veut dire que ton bébé avance, lâche pas ma fille. Mon ex et moi avons décidé d’accoucher dans une maison de naissance (j’insiste pour dire que j’ai vécu un accouchement moi aussi, même si j’ai pas eu mal, j’en reparlerai un jour) parce que ça nous semblait être un endroit où on pouvait vivre cette expérience de manière humaine. Un lieu où on peut adresser toute question, et surtout toute inquiétude non médicale, à une personne pour qui c’est l’activité principale, voire la passion, de mettre des bébés au monde. La nôtre était rendu à 3000 bébés, je pense.
Comme père, on peut souvent penser qu’on est évacué du discours légal et médical. À Québec, par exemple, et à Sainte-Justine si je ne m’abuse, il y a le Centre Mère-Enfant; sur les formulaires légaux, on n’écrit plus «père», pour ne pas déplaire aux lesbiennes qui deviennent parents, je pense que c’est : «personne accompagnante». On pourrait penser que dans les maisons de naissance, comme c’est un monde de femme, c’est encore pire que dans la société. Or, rien n’est plus faux. Pour l’accouchement de ma fille, comme j’avais trompé mon ex pendant sa grossesse, comme il était même question à un certain moment que je ne sois même pas présent à l’accouchement, j’aurais été en droit de m’attendre à des regards, des sous-entendus, des petites pointes méchantes; mais non, jamais je ne me suis senti jugé par ces femmes. Même que pendant que ma petite coquine sortait du sexe de sa mère, notre sage-femme m’a invité à la tirer de là moi-même, pour ensuite, de mes mains, la déposer sur le ventre de sa mère. Geste hautement symbolique dans les circonstances.
C’est pendant cet accouchement ultra-rapide qu’est survenue la petite histoire dont j’ai parlé dans mon autre billet sur les sages-femmes.
Nous sommes arrivés vers 9 h du matin dans notre salle d’accouchement. À quelques mètres de là, nous entendions crier de douleur une femme qui tentait depuis la veille de mettre son enfant au monde. Mais le travail n’avançait plus. C’est pourquoi notre sage-femme a été appelée en renfort. Parfois, après de longues heures d’accompagnement, les sages-femmes vont faire appel à l’une de leurs collègues, pour apporter du sang neuf, une nouvelle énergie. Ça nous était arrivés pour l’accouchement de notre fils : après huit heures de travail, dont deux heures pour la poussée finale (il est né «la tête vers les étoiles», la tête en l’air donc, et habituellement ces naissances nécessitent des ventouses, forceps ou carrément des césariennes), notre sage-femme et son apprentie du cégep de Trois-Rivières ont demandé à une troisième sage-femme de se joindre à la fête. Mon ex a raconté plus tard que c’est cette dernière qui l’a finalement «accouchée» : elle s’est mise à l’encourager comme un coach, disons, presque agressivement, lui prenant même la tête tout contre son corps. Une relation très intense s’est donc développée spontanément entre mon ex et elle. Il paraît que dans les dernières secondes avant que le flot ne sorte, celle-ci a violemment mordu le bras de la sage-femme. Trêve de tergiversation.
La mère hurlait et le bébé ne voulait pas sortir. Notre sage-femme est donc appelée en renfort. C’est elle qui nous a raconté ce qui s’est passé. Après avoir pris toute l’information sur le déroulement des dernières heures, elle s’est aperçue que c’était peut-être un blocage psychologique qui empêchait le travail d’avancer. En effet, cette mère était très obèse. Or, les ambulanciers, dans ce cas, exigent que les accouchements aient lieu au rez-de-chaussée de la maison de naissance, et non dans les salles d’accouchement, situées à l’étage. Il avait pourtant été décidé, pour une raison que j’ignore mais que je peux imaginer, que cette femme allait accoucher comme les autres femmes : à l’étage. Ce détail, qui peut paraître insignifiant, avait pris, dans la psyché de la mère, des proportions gigantesques. En ouvrant verbalement le problème avec elle, notre sage-femme a compris qu’elle était trop préoccupée par cette éventuelle visite des ambulanciers. Elle l’a recentrée sur le bébé à venir. Tout simplement. Et celui-ci s’est pointé dans l’heure qui a suivi.
C’est pourquoi je les appelle affectueusement des chamans. Elles sentent les gens plutôt que de les voir comme des sacs à symptômes qu’il faut rentrer dans un moule.

T’as bien raison, les sages-femmes sont admirables.
Bien que j’aie été suivie par les sages-femmes durant ma grossesse, j’ai dû accoucher à l’hôpital. Moi qui voulais vivre un accouchement totalement naturel, j’ai eu droit à la totale: induction, péridurale et, finalement, césarienne.
Je dois dire que les sages-femmes ont été bien récomfortantes, tant pour moi que pour le papa, dans cet univers froid et aséptisé qu’est la maternité de l’hôpital!
Moi aussi, à mon petit dernier, j’ai dû transférer vers l’hôpital. Changement radical de beat, d’ambiance, d’état d’esprit.
Par contre la sage-femme ne t’abandonne pas là. Elle laisse les médecins occuper toute leur place, certes, mais elle n’en est pas moins présente, attentive et supportante.
Lors de cet accouchement donc, j’ai eu moi aussi un blocage à la poussée. Poussée inefficace. Alors que d’autres enfants étaient passés par là avant, avec chaque fois une rapidité fulgurante, celui ci ne descendait pas. C’est alors que j’ai senti un bras se glisser derrière mon cou et une voix connue et réconfortante me souffler à l’oreille, n’aies pas peur de pousser. Il a toutes la place pour passer ce petit. Tu en as fait naître 4 auparavant, tu as tout ce qu’il faut pour faire naître celui la aussi”.
On m’avait annoncé un gros bébé de 9 livres et demie. J’avais peur. Sans jamais lui en avoir parlé, elle avait su néanmoins reconnaître ma peur et m’aider à la surmonter en 2 ou 3 petites phrases.
2 poussées plus tard, un petit boulet de canon faisait son apparition. Il n’y a même pas eu de pause pour les épaule. Une vraie petite boule d’énergie atomique
Faudrait que je vous présente ma mère…