À quoi ça sert un père?
J’habite dans une coop. Une cinquantaine de logements, tout autant d’enfants de moins de 18 ans, une cour intérieure où tout le monde fraternise en watchant ses flots. Tantôt, la mienne de fille s’en est allée colorer à la craie un mur de béton, et quand ce fut le temps de lui donner son bain, toute recouverte de poussières qu’elle était, je suis descendu dans la cour pour la cueillir et c’est là que j’ai croisée ma voisine d’en-dessous, Pam, la jeune trentaine, blonde professionnelle, magnifiquement belle sans être un pétard. En fait elle est pas belle mais elle est super belle en même temps. Elle a vécu en relation avec le père de sa fille, qui a deux ans, pendant quelques années, jusqu’à temps qu’elle lui demande de partir, il y a un mois ou deux. Pour des raisons que je ne connais pas mais que j’imagine très bien. Le gars en question est un grand dadais de 35 ans qui passait son temps à jouer au Playstation dans le salon. Le jour du déménagement du twit, Pam est venue cogner à ma porte pour me demander d’appeler la police si j’entendais du barda inhabituel en-dessous. J’ai dit qu’elle pouvait compter sur moi. Mais j’ai pas eu à intervenir.
Depuis, elle panse ses plaies discrètement, c’est à peine si on la remarque dans la coop, samedi je lui ai parlé de mon balcon, elle avait un bandage au pied, s’étant renversé de l’eau bouillante dessus la veille. J’ai une grande affection pour ma voisine, même pas du désir sexuel, j’en reparlerai dans le prochain billet. Juste le fait qu’elle passe au travers de sa séparation, comme moi à une autre époque, déjà, ça me lie à elle. Je me sens comme un alcoolique, par exemple, qui reconnaîtrait quelqu’un de sa fratrie. Même si les séparations sont toutes différentes, je sais ce que c’est, c’est sale et ça pue, et je l’aime d’être là-dedans, de se dépatouiller, d’apprivoiser la nouvelle donne de la vie, la radicalité que ça amène soudainement.
Bref, tout à l’heure donc, je descends dans la cour et sa petite fille est en larmes. Je m’accroupis pour lui demander pourquoi et la petite me saute dans les bras sans crier gare. Il faut comprendre qu’en deux ans de voisinage, Charlotte ne m’a jamais démontré un quelconque intérêt. À peine un bye bye de la main de temps en temps, et encore. C’est une petite choupinette qui vit dans son monde et, hey, s’il y a bien quelqu’un qui comprend ça, c’est bibi ici.
Je me remets debout avec Charlotte collée sur moi, qui cesse de pleurer en fouant avec ses frisous blonds. Pam me dit, pour l’excuser, comme :
— C’est qu’elle s’ennuie de son père.
Je me tourne vers la petite.
— Ahhhhh… Tu t’ennuies de papa! Je comprends, là. Ça fait combien de temps que tu l’as pas vu?
C’est Pam qui a répondu.
— Ça fait trois semaines.
— Ouille, O.K. Ça fait un boutte, hein. C’est quoi, il est en-dehors du pays…?
— Disons pour faire court qu’il est parti faire un trip.
— Bon. Je te poserai plus de questions, c’est pas de mes affaires.
J’ai essuyé une de ses larmes pendant qu’elle m’expliquait que c’était difficile mais que sa mère était là et que l’eau du bain coulait et que, pour éviter les dégâts, ben, elle devait rentrer. J’ai donné un bisou à la petite puis j’ai crié à sa mère qui montait l’escalier de me la laisser quand j’ai mes enfants, que ça ferait de la compagnie à ma petite pis que. bon, ça lui donnerait un break. Mais je pense pas qu’elle va le faire, elle a comme trop de pudeur pour ça.
Je me faisais la réflexion en rentrant : on se demande toujours à quoi ça sert, un père. La psychanalyse dit que c’est pour briser le lien potentiellement dangereux — parce que très puissant — entre la mère et l’enfant. Charlotte répondrait : un père, ça sert à être là pour pas que je m’ennuie, bon.

OMG, que c’est beau et bien écrit. Touchant.
Cher père digne et dingue, bonjour.
J’adore le parcours de ta plume. Tu écris avec une très belle intensité et une originalité qui me touche beaucoup, un peu à la John Irving…Es-tu écrivain? Ou n’en as-tu que l’âme et le blog ? De toute façon, continue, te lire adoucit les moeurs…
Moi qui me suis demandé longtemps si un« père» devait nécessairement vivre avec une «mère»( ou du moins envisagé rapidement me passer du premier père et en cas de heurts quotidiens, souvent du second, avec qui, soit dit en passant j’ ai eu cinq enfants/6, en 16 ans )je peux t’affirmer que ceux qui se posent la question à savoir « à quoi ça sert un père?» n’ont pas d’enfants…Ou sont devant un père débile qui croit qu’être père donne tous les droits, même celui d’abuser ou de manipuler.Ce qui en fait s’applique aussi à une mère qui penserait la même chose…Être parent n’est malheureusement pas une assurance sainteté ou compétence…Je crois qu’un père ça sert à développer et protéger la vie de l’enfant, avec la même intensité et importance que la mère, mais dans des étapes, des languages et une expression différente, qui en font la complétude et la nécessité. En un mot, si l’enfant est crée et nait de l’union de deux êtres complètement différents, il est logique de penser que l’apprentissage de son plein potentiel passe aussi par l’éducation et l’amour de ces deux êtres…Dans le meilleur des mondes bien sûr! Mais tu sais déjà tout cela, puisque tu aimes et vis avec tes 2 enfants…
L’amour ne peut que te tomber dessus, tu as l’air d’être bâti pour. Ne t’inquiète pas trop, c’est correct de prendre son temps, d’être sélectif, de vouloir trouver beau ou belle notre partenaire et puis parfois aussi de se lancer dans une folle aventure qui désiquilibre nos valeurs…c’est le paradoxal équilibre qu’on recherche encore et encore,pour l’amour, pour la santé ou les choix de vie… même quand on a 45 ans, 56 ans, 82 ans…
Au plaisir de te lire
France
Merci de m’avoir envoyé un merci…
C’est toujours un risque intérieur que de se prononcer et d’envoyer un commentaire à un ou une bloggiste, dont on ne sait rien, à part la partie de ses trippes qu’il (ou elle) expose , comme une perche à l’univers virtuel, mais réel, des internautes. J’étais bien contente que mon commentaire t’ait flatté et tes propos m’ont bien fait réfléchir à ce monde Internet dont je ne connais décidément pas grand-chose ( je suis issue d’un reste d’époque bébé boomer et ne suis pas, comme vous, de la jeune trentaine,«tombée dedans quand j’étais petite» Ce monde qui n’était totalement inconnu, il y a de ça à peine un an (et que j’ai découvert exclusivement pour des études à distance) s’avère un lieu d’expression que je discerne; bien troublant et passionnant, avec ses règles et ses addictions( il paraît que c’est assuétude en Français).Ainsi donc,par le merci que tu m’envois sur mon courriel ( pourquoi ne pas le mettre à la suite de mon commentaire? Un bloggiste répond-il à tous les commentaires? Seulement parfois j’imagine? La réponse au commentaire serait-elle plus personnelle que le blog ou surchargerait-elle inutilement le site?) Tu m’indique pourtant des choses très pertinentes qui auraient plu à tes «fans» et que je me demandais vraiment.
1- Que oui, ton métier est connexe à l’écriture,mais que tu n’es pas écrivain (du moins tu ne publie pas de livres, mais qui sait, peut être un jour comme la mère indigne?)
2- Que tes proches ne sont pas au courant ( je me demandais justement si l’immensité de la sphère Internet donnait l’immunité nécessaire à la« pure» vérité et à l’abandon de soi? Mais gardes-tu quand même une distance, genre Pam en fait s’appelle Julie?)
3-Que ça fait plaisir à un bloggiste de recevoir une rétroaction de ses propos, ( et à celui qui écrit le commentaire itou) propos envoyés comme une bouteille à la mer en quête, en fait, d’expression et de contact humains, aussi virtuels soit-ils…
Je trouve que les quelques blogues que j’ai parcourus en diagonale, sont comme les tableaux que je peints ou des livres de John Irwing ( pour ne citer que ceux-là )des oeuvres d’art remplies d’émotions et de fragilité ( on est toujours fragile quand on s’expose) mais dans une proportion que j’ai de la misère à conceptualiser. Je m’explique. Mettons un écrivain ( un peintre ou un musicien, un artiste quoi) publie son oeuvre (ou l’expose, le grave sur cd…)dans un grand besoin et désir de dire sa réalité et son talent face à l’univers. Cet artiste prend un risque et reçoit un feedback de ses lecteurs ( admirateurs, fans, acheteurs) parfois une lettre, un mot à l’épicerie ou une foule de jeunes nénettes qui lui demandent son autographe, dépendamment des évènements. Il peut aussi devenir célèbre, adulé, riche… se faire poursuivre par des paparazzis. Il reçoit donc une rétroaction face à ce qu’il a créé et on peut dire que c’est aussi ce qui se passe avec un bloggiste talentueux qui se révèle être un artiste. Mais ça, ce n’est que la première «couche» puisque le bloggiste lui, peut aussi entrer en interaction avec le curieux( ce qui arrive aussi, en fait ,dans un vernissage par exemple) et transformer son œuvre d’une certaine façon, en établissant de réels liens avec «son public». C’est là que j’ai de la misère à conceptualiser, puisque le fan a, lui, toujours l’impression de connaître le bloggiste qu’il peut suivre, presque au jour le jour, pendant parfois des années… alors que le bloggiste ,lui, ne sait rien (ou presque ) de celui qui le lit. En fait c’est une relation virtuelle et non partagée. Un peu comme le phénomène des «loft story ou star académie et même des Virginie», ces télé romans ou télé réalité, auxquels tant de gens s’identifient et se passionnent en s’impliquant émotivement dans un vécu filmé.
Il y a une toute petite ligne subtile entre, être et se sentir vivant en voyant les autres être. Ainsi moi qui ai lu tout ton blog ( c’est principalement parce qu’il est très court, à peine 3 mois de pages d’une très jolie écriture) je me sens assez à l’aise pour déblatérer sur ton site en toute impunité et en presque immunité.
4-Et une presque réponse à cette question« comment on fait pour accéder sur un blog ?» puisqu’en lisant « la gardienne se masturbe avec les jouets» j’ai cru comprendre que c’est en tapant un peu n’importe quoi, genre: «mère épuisée et aimante» ou «journal intime» ou «blog de divorcée qui se rebâtit?» Personnellement j’ai eu accès à quelques beaux blogs ( j’adore taxi de nuit ou l’esprit d’escalier), par le forum de la téluq, où une maman très rigolote raconte son quotidien ( et qui nous amène via son propre blog, sur ceux qu’elle aime. On parle donc ici surtout de bouche à oreille)
Bon et voilà, je ne suis vraiment ni concise, ni bonne en synthèses, c’est pour cela que mes notes en organisation de la pensée étaient très ordinaires… et peut être qu’en ce moment tu te demande à quoi j’ai bien voulu en venir? Moi-même, à part cette envie impromptue de partager mes réflexions sur les blogs… je me demande un peu pourquoi je les partage avec toi, ou du moins si c’est poli d’engorger ainsi tes pages? Le carré des commentaires est tout petit, peut-être s’agit-il en fait d’une indication subliminale que je ne comprends pas? Et tout ça venant d’un innocent merci…
Trés agréable à lire, touchant et tellement dans le coeur de bien des hommes, ce ” quoi ça sert un père ” . Merci pour ce texte