J’aurais voulu être une sage-femme (sur un air connu)

•avril 26, 2007 • 3 commentaires

La semaine dernière, je suis allé à la piscine avec mes enfants et leur mère. On y a rencontré par hasard une sage-femme qui nous a accueillis à la maison de naissance, pour l’accouchement de la petite. Elle était bien contente de nous voir, elle croyait que nous étions revenus ensemble.

C’était le matin. La veille, j’avais dit à mon ex de bien dormir, car j’avais l’intuition que ça allait se passer dans les prochaines heures. Au lever, nous avions fait l’amour et, comme chacun sait, c’est vraiment un bon truc pour déclencher les contractions. Et ce que j’avais prédit se concrétisa : après un bain chaud, qui sépare les bonnes contractions des fausses, on savait que c’était inéluctable.

C’est vraiment extrême, une naissance, quand on y pense. C’est comme la mort : un coup parti, tu peux plus retourner en arrière. C’est là que ça passe, prêt pas prêt, paré pas paré, on est obligés d’y aller! On sort le sac préparé d’avance de la garde-robe, on habille le flot et on embarque dans la Volvo.

Les accouchements de nos deux enfants ont eu lieu en maison de naissance. C’est une expérience que je souhaite à tous, même si je sais pertinemment que ce n’est pas pour tous, et surtout pour toutes. Un accouchement, on a tendance è l’oublier, ce n’est pas une opération.

J’y reviendrai très souvent, à ces deux épisodes marquants de ma vie. Je veux juste, ce soir, parce qu’il est très tard, dire que si j’avais à choisir un autre métier que celui que j’exerce, ce serait celui de sage-femme. À mes yeux, il n’existe pas de plus beau métier que de mettre des enfants au monde. J’ai un respect infini pour ces femmes-chamanes qui sont autant psychanalystes-psychologues qu’obstétriciennes-accoucheuses; un jour je raconterai comment notre sage-femme a quitté notre salle d’accouchement, juste avant que les eaux de mon ex ne crèvent, pour aller faire un pep-talk à une femme qui était en travail depuis 12 heures. Elle a simplement, en quelques phrases, dénoué le blocage psychologique qui empêchait son travail d’avancer.

Bref, les femmes sont prêtresses (dans certaines religions), elles sont mécaniciennes, plombières, boxeuses, policières, ingénieures en écoulement des sols; elles font tout ce que les hommes font, même pisser debout (allez voir les toilettes des femmes au Whisky Café, rue Bernard à Montréal); moi, si je n’avais que ça à faire dans la vie, je déménagerais à Trois-Rivières pendant trois ans et je suivrais mon cours pour être sage-femme. Je voudrais être le premier sage-femme du monde.

Angoisses de père (1re partie)

•avril 24, 2007 • Un commentaire

J’ai failli engueuler une bonne amie tantôt. Ça fait plusieurs années qu’elle est célibataire et elle m’a lancé par courriel aujourd’hui que si dans 6 ans elle était toujours seule, elle se ferait inséminer artificiellement. Peut-être que le fait d’avoir un amoureux ne fait pas partie de son karma, soutient-elle, mais être mère, ça c’est certain. Je l’ai exhortée à donner autre chose à ses enfants qu’une éprouvette comme père, mais elle ne voulait rien entendre. Je trouve ça tellement égoïste!

Mais qui suis-je pour donner des leçons. Me séparer m’a insufflé une grande dose d’humilité. Moi qui pourtant me suis mêlé des affaires des autres pendant des années… «Que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre!», disait l’autre. Je pourrais la traiter d’égoïste mais elle me lâcherait une réplique du genre : «Pis toé, la double vie que tu menais avec ton ex qui voulait pas te suivre dans tes trips de cul, c’était pas égoïste, ça?» et elle aurait tout à fait raison. J’espère juste qu’elle va se trouver un mec avant ses 35 ans.

Cela dit, je m’inquiète. Ma chum est pas la seule à se faire faire des bébés. Ou à larguer le géniteur un coup le post-partum parti. Et puis je lisais dans le journal qu’il sera probablement possible un jour pour les femmes de s’autoféconder en produisant elles-mêmes des spermatozoïdes. Je me souviens d’un numéro de Science et vie datant de quelques années qui titrait : «La science ne sait toujours pas à quoi sert un père». Tiens, l’été dernier, j’étais sur mon balcon avec ma fille d’un an et mon voisin de palier expliquait à une amie d’une soixantaine d’années que je vivais avec mes enfants 50 % du temps; la dame a répondu (je l’ai clairement entendue) : «Hein?!? Il est capable de s’occuper de ses deux enfants tout seul?!» Ben oui, madame! J’ai gardé des dizaines d’enfants dans ma vie! À 14 ans, je gardais régulièrement 4 enfants d’une même famille, dont la plus jeune était même pas âgée d’un an. J’ai toujours été en contact avec des enfants. À part quand mon fils a passé 4 jours aux soins intensifs parce que ses poumons métabolisaient plus l’oxygène à cause d’un virus quelconque, j’ai jamais vraiment paniqué avec des enfants.

Heureusement qu’il y a des femmes pour célébrer leur père et le père de leurs enfants, même si elles n’en sont plus amoureuses. Heureusement qu’il y a ma fille qui me tend les bras quand je vais la chercher à la garderie, puis qui serre mon cou en criant papaaaaaa!!! Heureusement qu’il y a mon fils qui se garroche sur moi chaque fois que je suis sur le sofa, qui veut faire des batailles d’oreillers, qui me dit qu’il m’aime et que je suis le meilleur papa du monde en me donnant un baiser sur la joue (il a décidé qu’il est trop vieux pour les baisers sur la bouche!).

Mes enfants savent à quoi ça sert, un père. Qu’ils s’amènent, les reporters de Science et vie, kalisse!

La gardienne se masturbe avec les jouets

•avril 23, 2007 • 2 commentaires

Aujourd’hui, je n’ai eu qu’une poignée de visites à mon blogue. Grâce aux outils de WordPress, j’ai pu savoir qu’une personne est atterrie ici après avoir tapé «la gardienne se masturbe avec les jouets» dans son moteur de recherche. C’est édifiant!

Ça m’a rappelé une histoire débile qui est survenue alors que j’arrivais à Montréal, au milieu des années 90. Ne connaissant presque personne dans la métropole, je m’étais inscrit à Télé-Rendez-vous, une agence de rencontre téléphonique. J’étais tombé un soir sur une vraie perverse. Elle me racontait avec moult détails qu’elle gardait régulièrement un bébé de moins d’un an, qu’elle surnommait affectueusement le Bâtard — un bébé, comme disait ma mère, né de père inconnu et de mère trop connue. Avec une voix affectée qui n’est pas sans me rappeler celle de Nelly Arcan, elle susurrait au téléphone qu’elle demandait aux hommes qu’elle baisait d’éjaculer dans une petite fiole; elle prenait ensuite le sperme de ces messieurs qu’elle vidait dans le biberon de lait du Bâtard. Ouache.

Je crois qu’elle me menait en bateau. Que c’était en fait une peut-être-dérangée avec une imagination fertile.  

Mais quand j’ai lu la raison pour laquelle cette personne s’est retrouvée sur mon blogue, j’ai eu un moment de découragement. Avec en moyenne 10 visites par jour, je me dis que je devrais m’afficher davantage sur la blogosphère. Me faire connaître. Mais je pense que je vais pour l’instant continuer à écrire mes petites histoires et quand j’en aurai un vrai paquet, je vais mettre mon cul sur la mappe, comme chante Richard Desjardins dans Phénoménale Philomène. Je vais aller écrire un commentaire sur le blogue de Patrick Lagacé quand il va parler de sa vie de papa, genre. Je vais aller mettre mon grain de sel dans une discussion des Amateurs de stars. Il y a près de 900 000 blogs seulement sur WordPress. Selon une étude, il y a 11 millions de blogues dans le monde.

To blog or not to blog?

Mise à jour : Une nuit après la publication de cet article, une nouvelle recherche a mené à mon blog :«Papa baise ma blonde de 15 ans» (?!??!)

Mise à jour II : C’est payant, parler de sexe, mon blog vient de connaître sa deuxième meilleure journée de fréquentations depuis sa création! Ce qui me confère le 67e rang des blogs francophones sur WordPress…

Mise à jour III : Nouvelle recherche incroyable : «photos de baise avec mon père»…

Mise à jour IV : L’inceste père-fille est populaire… : «Histoire d’envie de baiser avec pere», «pere avec ma blonde de 14 ans», «je baise avec mon bon pere», «elle baise avec pere», «papa baise»

Dour, dour dé trouver l’amourrr (the scène finale)

•avril 20, 2007 • Laisser un commentaire

La mère de mes enfants a un petit ami depuis six, sept mois. C’est assez sérieux pour qu’elle se mette à cuisiner exclusivement italien, disons. À la dernière veillée du jour de l’An, il devait rencontrer mes enfants. Je trouvais qu’avec tous les amis autour, c’était pas le moment idéal. Je l’ai gentiment signifié à la mamma, en lui disant qu’à mon avis, pour que nos enfants vivent cette nouvelle situation comme il faut, ça serait mieux qu’elle leur présente son amoureux chez elle, dans le confort de son appart, etc. La présentation officielle n’a finalement pas eu lieu le 30 décembre, à l’annuel party de défonce de la nouvelle année chez mes anciens amis.

Pendant les quatre mois suivants, prétextant avoir envie de vivre sa vie de femme avec son homme avant que d’avoir une vie de famille, la présentation officielle n’a toujours pas eu lieu.

Puis, pendant le week-end pascal, l’Homme a rencontré sa belle-famille et le week-end suivant, il y a quelques jours donc, il devait de nouveau être présenté aux kids. Nouvelle volte-face, à ma grande surprise.

Semble-t-il que l’Homme, qui a des principes, trouve que les enfants sont trop jeunes pour le rencontrer. Je passe les autres explications.

Entendant cela, mes Spider senses se sont manifestés. Ça sentait le boulechitage, cette affaire-là. J’aurais tellement eu envie de lui dire de se prendre une assurance-coeur, juste au cas où le uomo voudrait juste de sa vie de femme et pas du reste. Car elle voudrait bien qu’il veuille du reste, je le sens bien. Suis pas un fan des Invincibles, mais me semble que ça serait le genre de raison qu’un gars de cette série donnerait pour refuser de s’engager davantage.

Mais j’ai farmé ma gueule. Parce que je suis l’être le moins bien placé au monde pour donner un conseil à cette femme. Que j’aimerai (beaucoup) toute ma vie, parce qu’elle est la mère de mes enfants. Et parce que quand tu as assisté à ses deux accouchements naturels, quand tu as vu la tête de tes enfants sortir de ses entrailles, quand tu l’as entendue crier et chanter de douleur, quand tu l’as patiemment vue donner le sein, puis l’autre, à un petit tube digestif pleurnichard, pendant des mois, quand tu as vu son corps de jeune fille abdiquer devant l’inéluctable maternité, tu ne peux pas, absolument pas, 1. être misogyne; 2. considérer cette personne purement comme ton ex-amoureuse. Je l’aime beaucoup mais ne lui dis pas, je souhaite le meilleur pour elle, même si je lui ai jadis fait vivre le pire. Et j’aimerais pouvoir l’aider à y accéder, à ce meilleur, mais jamais je ne pourrai me permettre d’intercéder dans sa vie amoureuse.

Pour l’instant, j’espère juste me tromper.

Dour, dour dé trouver l’amourrr (the séquelle)

•avril 20, 2007 • Un commentaire

Ma meilleure amie, une femme incroyablement belle et intelligente et tout et tout, est célibataire depuis plusieurs années. Il y a trois semaines, ma collègue au travail me parle d’un ami à elle qui se cherche une femme. On décide de les matcher, on fait une date à quatre à la Quincaillerie, ils se plaisent suffisamment pour se revoir quelques jours plus tard. Le feu a pogné entre les deux dans les deux semaines qui ont suivi. Le mec préparait des lunchs pour mon amie le matin, il a cessé de fumer pour elle, il parlait de projets d’avenir, il a même prononcé le mot «amour» en sirotant un café le matin. Etc.

Mon amie, qui ne croyait plus au prince charmant, commence à tomber amoureuse, et décide de faire l’amour avec lui lundi dernier. Mercredi il va chez elle, rencontre son fils; jeudi ils dînent ensemble et bang! il la flushe en moins d’une heure au-dessus d’un steak frites, prétextant qu’elle n’est pas prête à aimer, qu’elle est princesse, qu’elle est ci ou ça, et blablabla, petite patate, tant pis pour toi. Mon amie était flabergastée, moi itou quand je l’ai appris deux heures plus tard.

Ce soir elle va manger chez une amie à elle qui lui dit : «Ben moi, ces histoires-là m’arrivent tout le temps, chère, réveille, les hommes sont de même. Quand ils te disent qu’ils t’aiment après deux semaines, ça veut dire : j’aime baiser avec toi. Tu es juste chanceuse que ça soit la première fois que ça t’arrive! Remplis ma coupe et oublie ça, fille!»

Autant de cynisme me renverse! Est-ce que les hommes sont vraiment comme ça?

C’est vrai qu’une autre amie m’a raconté il y a trois mois comment un journaliste du Voir avait ignoblement agi avec elle. Lui disant, après deux baises, qu’elle devrait se faire refaire les seins (ses seins sont en roche, défiant la force gravitationnelle avec fierté!!!) et que si elle voulait se trouver un chum, elle devrait changer de ligue (lire : descendre d’une coche par rapport à sa ligue à lui). Mais le pire, c’est que cette amie a baisé de nouveau avec cet avorton de journaliste incompétent quelques semaines plus tard. Je lui ai fait un sermon sur l’amour-propre et elle a encaissé en baissant la tête. Moi, j’ai fait une vacherie à la mère de mes enfants et elle m’a crissé là; depuis, j’essaie d’être un meilleur homme. J’ai eu ma leçon.

Si les femmes n’étaient pas, dans l’intimité, trop gentilles avec les hommes, peut-être que ceux-ci arrêteraient de faire les imbéciles.

Dour, dour dé trouver l’amourrr

•avril 20, 2007 • Un commentaire

C’était la première fois depuis des mois que j’avais une vraie de vraie date. Pas juste une histoire de cul, a priori, dans mon intention du moins. Je l’ai travaillé en tabouère, cette fille. Par exemple, après qu’elle m’eut dit qu’elle détestait les chiffres, je lui ai tapé un long courriel en binaire, juste avec des 1 et des 0, en mettant des signes de ponctuation là où ça compte — et en traduisant le tout dans le bas du message; je lui ai fait passer un quiz en googlant mes homonymes, lui demandant de me trouver parmi la liste des liens proposés; etc.

À son retour, je l’ai invitée à un show, mais elle devait travailler fort toute la semaine (Aren’t we all?!?). Mais je ne me suis pas découragé, je l’ai invitée le mardi suivant. À voir un show de Kalmunity au Sablo Kafé.

J’arrive là-bas quelques minutes avant l’heure. Elle arrive elle aussi à l’avance, les baisers sur les joues sont chaleureux. Nous parlons, elle en anglais (elle arrive des States, où elle a vécu les 13 dernières années). Nous avons passé un excellent moment ensemble, de 20 h à 1 h.

Physiquement, elle me plaît vraiment beaucoup, dès le départ. Elle portait d’ailleurs une blouse très décolletée, ce que j’ai beaucoup apprécié. J’aime ça quand les filles jouent à la fille. C’est au niveau des idées que ça clashait pas à peu près. Si on prend mon cerveau, qu’on en fait un négatif par un procédé photo, eh bien on obtient son cerveau à elle. En vrac : elle s’est convertie au judaïsme (le père de son fils est israëlien, donc elle est pro-Israël), elle a détruit sa télé en 1999, elle est végé, elle est fédéraliste et elle nie le désir de souveraineté des Québécois par des arguments comme : «en développement international, les anciennes colonies françaises devenues des pays s’en sortent toutes mal»; elle dit que Paul Wolfowitz est un idéaliste qui veut implanter la démocratie ailleurs, etc. Je pourrais continuer comme ça jusqu’à demain matin, à un moment donné j’éclatais de rire quand elle parlait, ça devenait comme une joke à quel point on pense d’une manière diamétralement opposée.

Elle a été et est encore sous l’emprise (verbale) du père de son enfant, qui la menace de demander la garde totale de leur fils (un manège pour la garder sous son joug). Elle parle de son fils de 10 ans en disant son «baby», et non son «son», malgré qu’il ait 10 ans. Elle a coupé les ponts avec son père et quand elle a vécu sa séparation (en cour), celui-ci a appelé le père de son fils pour lui donner des arguments contre elle dans le dossier de la garde! Elle travaille dans le développement international, mais elle gagne 14 000 $ par mois. Dans un registre encore plus comique, sa mère est psychanalyste freudienne et elle travaille depuis peu dans la même ressource communautaire que mon deuxième meilleur ami! Comme disait Ginette Reno, le monde est petit!

On a donc discuté beaucoup, beaucoup. Pendant des heures. Elle a adoré le show. On est allés manger du grec dans le Mile-End, son quartier, and I walked her to her door, à sa demande. Deux baisers sur les joues, les remerciements d’usage, and that was it.

J’arrive chez moi, lui écris un courriel pour lui dire que j’ai passé une belle soirée, elle fait de même à 1 h 24 a.m. On s’est écrit des courriels les jours qui ont suivi. Un rythme plus soutenu. J’ai ri d’elle quand j’ai appris que Paul Wolfowitz était accusé d’avoir favorisé sa petite amie, mais elle m’a rétorqué, preuve à l’appui, que c’étaient les médias qui étaient dans l’erreur à son sujet. Cet épisode m’a sexuellement excité. Comme le personnage de Pierre Curzi qui se fait parler de l’an 1000 par le personnage de Geneviève Rioux dans Le Déclin de l’Empire américain, pendant qu’il se fait masturber par elle. Je bandais du cerveau.

Mais, depuis le début, la Perle virtuelle ne fait que répondre à mes courriels. Depuis trois semaines, en aucun temps elle n’a initié un quelconque mouvement vers moi. Je devais donc lui faire passer un test d’intérêt : j’ai subitement cessé de lui écrire, il y a 77 heures. Juste pour voir si elle allait m’écrire, me demander What’s up?, me raconter sa journée, n’importe quoi.

Depuis, rien.

Houston, we had a problem

•avril 17, 2007 • Laisser un commentaire

Dans le film Apollo 13, quand tout pète, les scientifiques de la Nasa, aidés par le personnage de Gary Sinise, essaient de trouver comment faire pour ramener le vaisseau sur Terre avec, si mon souvenir est bon, l’équivalent de ce que consomme un grille-pain en électricité. C’est la seule métaphore qui me vient pour décrire la dernière semaine de ma vie. Afin d’éviter que ce surmenage ne se transforme en burn-out, ce qu’un homme dans ma position ne peut absolument pas se permettre, j’ai presque tout débranché, afin de passer au travers. J’ai gardé juste assez de jus pour éviter la cata. Samedi, seul jour de repos depuis des temps immémoriaux, j’ai passé six heures sur mon sofa, sans bouger autre chose que mes doigts, sur les pitons de ma télécommande. Les batteries à terre. Berzerk. Incapable de faire ne serait-ce que la vaisselle. Full kaput, quoi.

Nous sommes lundi soir (tôt mardi matin, en fait) et tel un Jack Bauer, je suis back on track. Il est 1 h 14, je viens de terminer ma journée de travail qui a débuté à 8 h ce matin. La semaine dernière, je finissais en général à minuit trente. Le pire fut mardi, jour de blind date, dont le récit fera l’objet de mon prochain post demain : après avoir quitté la dame à 1 h, j’ai dû me taper 90 minutes de boulot pour ma journée du lendemain. Mais ça en valait la peine.

On parle beaucoup de la conciliation travail-famille; j’en suis à la conciliation travail-survie. Quand avoir une vie (sociale) hypothèque ta santé, ça va mal. Mon contrat se termine en juin. Même si j’adore ce que je fais, j’hésite à le renouveler pour l’automne qui vient. Nous en reparlerons.

Merci à la poignée de lecteurs-trices qui s’inquiétaient. J’ai plein de trucs à raconter dans les prochains jours. J’ai hâte de vous les partager!

La perle virtuelle

•avril 9, 2007 • 2 commentaires

Fin du congé pascal. De retour à la maison après un séjour de quelques jours chez les parents, dans cette région où il y a encore deux mètres de neige sur le gazon. Les enfants chez leur mère pour trois jours, il est temps de s’occuper de sa vie d’homme. La troisième plus importante, après la vie de travailleur et la vie de papa. Je n’ai pas à me plaindre, je n’ai pas chômé depuis deux ans. Les femmes de passage ont été nombreuses, merci beaucoup. Je ne suis pas plus beau, ni plus fin, ni plus intelligent qu’un autre; c’est simplement que les femmes de mon âge semblent étrangement plus nombreuses à être célibataires que les hommes; donc, lorsqu’elles tombent sur un homme juste correct, pas trop laid (un proverbe roumain ne dit-il pas : ton homme n’a qu’à être juste un peu plus beau que le diable?), pas trop cave, pas trop fainéant, elles tentent de se le passer au doigt, façon de parler. Sauf de très rares exceptions, même quand c’était clair dès le départ que ce n’était pas mon désir, toutes ces femmes ont voulu former un couple, voire une famille; et comme, jusqu’à maintenant, je ne suis pas tombé amoureux, mes enfants n’ont toujours pas rencontré ma future (leur mère est quant à elle sur le point de le faire avec son amoureux, qui a passé le test du dîner de belle-famille pendant le week-end pascal, ai-je appris tout à l’heure). J’ai connu des enfants de divorcés qui s’attachaient au nouveau chum, à la nouvelle blonde de leur parents et qui devaient ensuite faire des deuils à répétition de cet attachement, une fois l’union consommée, quelques semaines, quelques mois plus tard; je me suis dit que jamais je ne ferais vivre cette situation à mes enfants. 

En pleine séparation, alors que nous habitions encore tous dans la même maison, je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, dans la douche, m’imaginant présenter ma nouvelle amoureuse à mes enfants. Je ne sais pas pourquoi, à cette époque, cette scène me paraissait d’une absolue tristesse. Peut-être était-ce mon propre deuil de la famille nucléaire que je faisais moi-même à travers ces larmes (mes parents fêteront leur 40e cette année).

Toujours est-il qu’un jour ou l’autre, je l’espère du moins, je serai aux prises avec cette réalité. Mon fils m’a déjà demandé quand il allait avoir une deuxième maman! Sais pas, garçon. Dans une logique d’enfant, ces questions de remariage ou de recomposition familiale sont des énigmes (ne le sont-elles pas pour nous également?). Quand cette nouvelles compagne sera choisie, aura-t-elle des enfants? Comment seront acceptés ces demi-frères, demi-soeurs? Et si jamais le désir d’enfant surgit entre cette femme et moi, ce fera encore des énigmes logiques à résoudre, un puzzle d’amours et de liens nouveaux à mettre en place, jour après jour.

Demain, j’ai une vraie de vraie de vraie date. Avec une vraie femme. Elle a un an de plus que moi, elle a des yeux bleus profonds, de frisés frisous dans les cheveux; quand j’ai vu sa photo, j’ai pensé à cette phrase tirée d’une superbe chanson de Marie-Jo Thério (Café Robinson) : «une fille, c’est un livre que tu sais que tu finiras même pas.» M’excuse, mais les filles que j’ai rencontrées depuis deux ans, je voyais vite la fin; or, avec elle, il y a quelque chose dans son regard qui me fait croire qu’elle en n’a pas, de fin. Et puis, il faut bien le dire, elle est super belle, elle travaille dans le développement international, elle a un grand garçon dans la dizaine qui habite aux États avec son papa… elle a de bons points pour elle. 

On se voit demain, mais ça fait plusieurs jours qu’on a pris contact, et je me suis retrouvé avec le temps à avoir une saprée envie de l’aimer, celle-là. On ne se rend pas compte, quand on est seul, à quel point l’amour qu’on peut donner à un amoureux ou une amoureuse, sans destinataire, se retourne contre nous et se transforme en énergie noire. Moi, quand j’aime, ça me transporte. Je sens la présence de l’autre en moi et ça me rend littéralement plus léger (j’ai tendance à marcher sur le bout des pieds quand je suis heureux).

Le pire, c’est que malgré les photos et les mots échangés, tout peut foirer en une fraction de seconde. Le premier contact physique! Une odeur, un timbre de voix, une gestuelle, un petit rien suffit à faire déraper ce qui s’annonçait pour être une belle histoire. Et même si on essaie de passer par-dessus, cette impression reste, s’incruste en nous, fait son travail de sape. Ces 30 premières secondes fatidiques sont trop déterminantes : je ne peux me résoudre à me laisser submerger par ce que me fait ressentir cette femme, que je ne connais que par ses pixels; n’empêche, c’est très fort et c’est dans un peu plus de 24 heures que nous saurons si cette histoire se terminera ou non en queue de poisson.

Depuis que j’ai 22 ans, depuis cet échec amoureux retentissant qui me laissa pantois pendant des mois et des mois, je me suis mis dans la tête de tenter de comprendre ce continent noir, comme disait Freud, qu’est la féminité. Jusqu’à présent, après une quinzaine d’années d’études assidues, je n’ai trouvé que deux phrases pour m’aider. La première, tirée d’une chanson de Portishead : Give me a reason to be a woman. La deuxième phrase, de Desjardins, elle très utile au lit : ton plaisir est la loi si tu me fais le mien. Rien n’est plus débridé ou sexuellement plus puissant et willing qu’une femme que tu viens de faire jouir à l’os…

Mâles de blocs

•avril 5, 2007 • Un commentaire

Quand j’étais petit, mon père a eu un accident de travail. Il était employé dans une carrière de granit. Un jour, pendant que ses collègues étaient en pause dîner, un bloc grand une comme table de salle à manger est tombé sur lui – sur son bras, en fait – et l’a violemment projeté au sol. En sang, il s’est traîné dans la neige sur des dizaines de mètres pour aller chercher du secours. Placé en arrêt de travail, il est resté à la maison pendant des mois qui dûrent lui paraître très longs, lui qui fut un travaillant acharné (et qui est maintenant un retraité tout aussi acharné). Je n’ai qu’un souvenir de cette période : mon père jouant aux blocs Lego avec moi. Je construisais des maisons, des souffleuses à neige, des fusées. Ce fut probablement le seul lieu dans ma vie où j’ai su faire preuve d’imagination.

Avec les années, Lego a diversifié ses produits; aujourd’hui, on n’achète plus des blocs Lego, mais des objets – vaisseaux, bateaux de pirates, etc. – préfabriqués en blocs Lego. On n’a plus les carrés et les rectangles colorés, pour créer ce qu’on a dans la tête; juste des pièces pour refaire ce que les créateurs de Lego avaient dans leur tête à eux.

J’ai eu, il y a quelques semaines, l’idée de placer une petite annonce dans un site Internet pour trouver ces blocs d’antan, pour mon fils – et éventuellement ma fille, quand elle sera plus grande. Dans mon livre à moi, comme on dit à RDS, il n’y a pas meilleur jouet pour un petit gars. Une dame a répondu tout à l’heure, elle a deux boîtes remplies à craquer de blocs Lego à l’ancienne (une pour ici, une pour chez la mère de mes enfants, ai-je conclu). On a rendez-vous demain matin à 7 h pour la transaction. J’ai super hâte! J’imagine déjà les exclamations de mon fils… Surtout que l’on part tout le week-end pascal chez ses grands-parents, à 500 km d’ici, et ce sera un grand plaisir pour mon père de construire des maisons, des fusées et des souffleuses avec lui!

Un accommodement raisonnable (parmi tant d’autres)

•avril 3, 2007 • Un commentaire

Lorsque je me suis séparé de la mère de mes enfants, il y a juste un peu plus de deux ans, notre plus jeune avait 6 mois. Nous étions à ce moment incapables de concevoir que nous aurions une garde une semaine/une semaine; autant je ne pouvais me résigner à ne pas voir mes enfants pendant sept jours, autant je ne pouvais imaginer séparer notre bébé – et son frère – de sa mère pendant une si longue période. Après quelques heures de discussions, nous avons convenu de séparer la semaine en deux, avec un jour pivot, le mardi. Donc j’aurais les enfants du samedi 17 h au mardi matin pendant une semaine, et l’autre semaine jusqu’au mercredi matin. Comme ça, nous avons toujours chacun un jour de week-end pour se donner la possibilité d’avoir un semblant d’ombre de vie sociale (combien de vendredis suis-je resté seul à la maison, dans les premiers temps, parce que j’étais tout simplement épuisé, ou incapable de sortir de chez moi sans sentir la honte du séparé?); en plus, on pouvait jouer au bridge tous les lundis ou aller danser le tango le jeudi, sans devoir chercher une gardienne une semaine sur deux.

Puis, afin de nous donner un document qui aurait une certaine force de loi advenant le cas où l’un de nous deux ferait des folies, nous avons décidé d’aller officialiser cette entente dans un processus de médiation (c’est gratuit pendant un certain nombre d’heures, et ça évite les frais de cour incroyablement onéreux – et l’arbitraire d’un jugement de cour). Survint alors la diffusion de ce reportage sur la garde partagée, dans une émission d’affaires publiques à Radio-Canada, qui pourfendait ce système et qui soutenait, témoignages d’experts à l’appui, que les enfants avaient vraiment, mais vraiment, voire par-dessus tout besoin d’une seule maison principale. Clairement, les réalisatrices du reportage avaient un parti-pris éditorial contre le système qui semblait si bien marcher pour nous. Le ciel venait de me tomber sur la tête. La réunion de médiation qui suivit ce reportage fut pour le moins houleuse. De 7 jours sur 14, la mère de mes enfants voulut passer à 11 jours sur 14 – en sa faveur, évidemment. Elle s’occuperait ainsi de l’éducation des enfants, de la garderie, etc., alors que j’en étais réduit à un père-loisirs, un père-activités, un père-jetable. Je me suis battu bec et ongles pour faire respecter notre entente initiale. D’aucuns croiront que c’était pour mon orgueil ou je-ne-sais-quoi; or, je me voyais mal, dans 15 ans, expliquer à mes enfants que pour acheter la paix, j’avais pilé sur mes principes et mon amour pour eux, en acceptant cette entente que je trouvais pourtant personnellement inacceptable. Je sais que certains pères moins présents aiment ne pas voir leurs enfants trop souvent, et que, bien… finalement, ça les emmerde de devoir s’occuper d’eux. Pour ma part, j’ai l’intime certitude que je suis aussi important pour mes enfants que leur mère. Les enfants ont une relation asymétrique avec leur père et leur mère. Dans un spectacle de cirque, par exemple, auquel nous étions allés tous les quatre un an après la séparation, notre petite, apeurée par le volume élevé de la musique et les éclairages, était incapable de se sentir en sécurité avec sa mère. Elle me réclamait dès que celle-ci voulait s’en occuper. C’est un exemple. Il y en eut d’autres. Il y en a encore.

Bref, après un bon travail de médiation, nous sommes revenus au système d’alternance pendant environ 6 mois. Puisqu’à l’automne suivant, la mère de mes enfants retourna aux études, dans un cours intensif. Résultat : j’avais les enfants 8, 9 ou 10 jours sur 14 pendant tout l’automne! J’imaginais la situation si j’avais cédé aux conditions exigées par la mère après la diffusion du reportage, et ça me faisait rire jaune. M’enfin.

Depuis la fin de son cours, nous en sommes revenus à la garde égale. Lorsque la situation l’exige, souvent pour des contrats professionnels ou plus rarement pour avoir des week-ends plus longs, nous aménageons nos horaires et nous balançons les jours par la suite.

Hier soir, la mère de mes enfants m’appelle : «Voudrais-tu prendre les enfants demain, j’ai des billets de théâtre et je ne trouve pas de gardienne». J’avais prévu aller voir un show avec ma copine du moment, mais je pouvais très bien les prendre, mes kids, puisque mes billets n’étaient pas achetés encore. Alors j’ai dit oui. Parce qu’en plus de lui rendre service, ça me permet de passer du temps avec les enfants. Qui me groundent après une journée de malade mental au travail. Comme c’est de l’imprévu, on se gâte, on va manger du junk, on joue dans les jeux, on regarde des Astro le petit robot, on se couche 30 minutes plus tard que d’habitude…

Jusqu’à maintenant, les enfants ne semblent pas avoir trop souffert de notre séparation. J’ai des angoisses quant à leur capacité de croire en l’amour, à l’engagement (mais bon, nous avons tout de même passé 9 ans avant la séparation…). D’ici à ce qu’ils aient des amoureux dans leur vie, j’ai le temps de leur prouver que l’amour existe encore, et leur mère également. Et nous avons aussi le temps de leur montrer que malgré les différends, nous sommes unis dans nos rôles de parents.

Une phrase d’un psychanalyste m’encourage quant aux conséquences de notre séparation sur la vie de mes enfants : «Ce qui est le plus traumatique pour l’enfant, c’est la mésentente des parents.» Et non le fait d’avoir une ou deux maisons principales!